Jane Blonde

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Un jour de repos comme au boulot

Hello tout le monde ! Oui, oui, je sais, ça fait très très longtemps que je n'ai pas posté ... Mais on va rattraper ça !

Voici donc aujourd'hui une nouvelle (assez longue ...) que j'ai écrite cette année, dans le cadre d'un concours d'écriture. J'ai beaucoup travaillé dessus, le sujet me tenant beaucoup à cœur, et j'y ai passé beaucoup de temps.

Alors, je vous souhaite une bonne lecture et surtout, laissez moi votre avis en commentaire, ça me fera très plaisir !

 

 

Un jour de repos comme au boulot

 

Je regarde ma montre : 20h18 ! Mince je suis en retard ! Le concert commence à 20h45 et je ne suis même pas prêt ! Bon on met le turbo ! Un coup de peigne, un t-shirt propre, mes nouvelles chaussures  … Parfait ! Mon téléphone, posé en équilibre sur le coin de la table, vibre.  Inévitablement, il tombe. Je le ramasse, et ouf ! Aucune fissure sur l’écran. Un peu de chance dans ma malchance … Je regarde le message que je viens de recevoir : c’est Lucas, mon meilleur ami, avec qui je dois aller au concert de ce soir. Avec Lucas, on est amis depuis la sixième et c’est lui qui, deux ans après, m’a fait découvrir ce groupe de métal, et depuis on est fans. On suit tout, on sait tout, et ça fait maintenant 10 ans qu’on va les voir dès qu’ils viennent en concert. Et aujourd’hui, comble de chance, ils jouent à Paris, dans mon quartier ! Nous avons réservé nos places dès que nous l’avons appris. Lucas devait me rejoindre à 20h25 en bas de chez moi, mais son SMS m’annonce qu’il va être un peu en retard. Ca ne m’étonne pas de lui ! Depuis douze ans, pas une seule fois quelqu’un l’a vu arriver à l’heure ! Il est déjà 20h27, je suis en bas de mon immeuble, j’attends tout seul, dehors, avec le t-shirt du groupe, un soir de novembre, dans Paris.  C’est alors que je vois au loin mon ami, qui court pour rattraper son retard, portant lui aussi son t-shirt à l’égérie de notre groupe favori. Il me sourit, et on se met en route vers la salle de spectacle, à quelques minutes de marche. On papote, on rigole, et on arrive enfin devant la salle. On passe devant les vigiles qui regardent dans nos sacs et on rentre dans la salle, tout heureux. On s’installe dans la fosse, au milieu des autres fans et spectateurs. Il nous reste dix minutes à patienter avant le début de ce spectacle que nous attendions tant, depuis plusieurs mois. Et pour cause ! Des mois que mon jour de congé est pris, et j’ai du batailler ! Et oui, quand on est agent secret, il faut les mériter ses jours de repos … En ce moment en plus, depuis le 7 janvier, tous mes collègues et moi-même sommes sur le qui-vive. En effet, nous devons surveiller énormément de lieu, du fait de la menace terroriste. Des dizaines d’attaques déjouées, dont, heureusement d’ailleurs, personne n’entendra parler ! Même si je suis fier de mon métier, j’avoue que parfois, un peu de reconnaissance serait la bienvenue …  Mais bon comme on dit, on ne fait pas ce métier là pour la gloire, c’est avant tout une vocation.

«- Hey Adrien, ça va ? T’as pas l’air bien là … , me demande Lucas.

-Si si t’inquiète pas ça va, je suis un peu fatigué, c’est tout. »

En réalité, non, ça ne va pas. Je ne sais pas ce qui me fait dire cela, mais j’ai un très mauvais pressentiment … Ce sentiment, qui vous prend le creux du ventre, cette boule qui remonte dans votre gorge … Mais je ne veux pas que tous ces problèmes viennent hanter mes pensées ! Pas ce soir ! Ce soir, je m’amuse, c’est tout ! Ah et bien le concert commence justement, le lumière vient de s’éteindre !

Wouah, le concert est génial, j’y crois pas c’est trop bien ! Il doit y avoir environ 1500 personnes dans la salle et tout le monde s’amuse ! Tout le monde saute, tout le monde danse et chante depuis une heure, depuis que le concert a commencé en fait. L’ambiance a décollée très rapidement, et maintenant c’est la folie ! Lucas, comme tout bon fan qui se respecte, ne fait pas exception à la règle, je dirai même que c’est le plus excité de tous. Il saute partout, il crie, il est survolté ! J’avoue que je ne suis pas en reste non plus, mais bon, face à Lucas je ne fais pas le poids ! Et puis je viens de redescendre un peu en pression là, cette étrange sensation de malaise, de stress vient de me reprendre … J’ai comme une subite envie de vomir qui me taraude le ventre … Enfin, je me dis que c’est rien, que ça doit être la chaleur de la salle qui me donne cette impression … Oui ça doit être ça … Mais bon, je vais rester sur mes gardes tout de même, et surveiller du coin de l’œil les entrées, juste au cas où … Et oui, agent secret un jour, agent secret toujours ! Espion, ce n’est pas seulement un métier, c’est toute une vie …

Allez, on oublie tout ça, on est là pour s’amuser ! On ne va pas laisser un mauvais pressentiment probablement infondé nous gâcher la soirée !

Quelques chansons passent … Chacun s’amuse … Tout va pour le mieux au final … Mais non, non, je n’arrive pas à me concentrer sur le concert, je ne peux pas. Je glisse à l’oreille de Lucas que je vais faire un tour aux toilettes. Ma tête tourne. La salle tangue. Il faut que je m’éloigne du bruit.

Je bois un peu d’eau, prise au creux de mes mains. Je ne me sens toujours pas mieux, ce n’est pas croyable ça ! Je me passe un peu d’eau sur mon visage.  Et c’est alors que je l’entends. Le premier cri. Le premier d’une longue série. Rapidement suivi du premier coup de feu. Le premier d’une trèèèèès longue série … Sur le coup, je ne réagis pas, je reste pétrifié devant cet évier sale. L’effet de surprise passé, je commence à courir, pour sortir des toilettes, pour aller chercher Lucas, pour aller aider toutes ces personnes innocentes. Les chansons des Eagles ne retentissent plus dans le bâtiment. Et voilà, même pas une soirée tranquille, sans boulot ! Ce n’était pas clair, mais mon instinct me dit que l’on fait face à une attaque … Ces cris, ces coups de feu… Ces bruits de malheur qui ne cessent pas … Les bruits de pas, probablement ces gens venus pour s’amuser, qui ont  finis par devoir courir pour leur vie.  Il y a une jeune fille par terre, qui a surement trébuché et qui est inconsciente. Je la prends dans mes bras, et commence à courir vers la sortie tant que je le peux encore.

En passant les portes de la salle, je les vois. Ces vigiles, qui avaient, par simple mesure de précaution, regardé nos sacs avant que l’on rentre, et qui désormais, gisent au sol, morts. Les policiers viennent d’arriver, et ils prennent en charge la jeune fille que je porte. Elle vient de se réveiller, et elle pleure. Sa grande sœur est toujours à l’intérieur. Je sors rapidement mon téléphone portable de ma poche et regarde l’heure. Ca fait au moins 10 minutes que cet enfer sur Terre a débuté. 10 minutes de trop. Il faut que je retourne dans la salle. Lucas n’était pas sorti. La sœur de la fille non plus. Personne d’autre, à part nous en fait.

Forcément, je me mets à courir vers la porte des Enfers, pour aller aider les autres. Un policier m’attrape le bras.

« - Monsieur, n’entrez pas ! Vous êtes fou ! Laissez faire les forces de l’ordre !, me cria-t-il.

-Ecoutez, je fais parti de la maison ! Laissez-moi entrer ! Mon meilleur ami est encore à l’intérieur, et tant d’autres gens sont encore bloqués là dedans aussi !, répondis-je, totalement affolé.

-Je suis désolé Monsieur, je ne suis pas autorisé à vous laisser entrer. Mes collègues et moi, on s’occupe de la situation. Votre ami va sortir de là. »

Ca ne me plaît pas. Pas du tout. Je suis formé pour ce genre de situations ! Je suis tout à fait capable d’y retourner. C’est ce que je vais faire. Je pourrais peut-être trouver Lucas, qui sait ? Je me faufile hors de la vue des policiers et CRS qui surveillent les entrées, je vais passer par derrière. Je fais le tour du bâtiment. J’entends quelqu’un qui m’appelle. Je regarde autour de moi, il n’y a personne. Je lève les yeux. Une femme est suspendue à la fenêtre, en larmes. Elle me supplie de l’aider. Ses mains sont toutes rouges, elle va bientôt lâcher prise et s’écraser par terre. C’est dans ces moments là qu’être agent secret peut être un avantage, je n’aurai jamais pu aider cette femme sans mon savoir faire d’agent. Je commence à escalader le mur, et je lui parle pour essayer de la rassurer. Arrivé à son niveau, je la prends sur mon dos et lui dit de s’accrocher. Nous redescendons sans encombre, puis je lui indique comment rejoindre les policiers car je n’ai pas l’intention de m’arrêter là.

Je rentre par une porte de secours, qui n’est pas verrouillée et surveillée. Je vois alors, un peu plus loin, assis par terre sous une table, deux personnes, une femme et un homme. L’homme essaye de rassurer la femme en larmes. Il me voit et me dit de pas faire de bruit, je leur chuchote que je suis de la police et que je viens les aider. Ils se faufilent vers moi, je les guide vers la porte. Les bruits de balles sont insupportables, les gens crient de moins en moins …

Je sors avec les deux personnes et tombe nez à nez avec trois policiers. Ils nous empoignent par le bras et nous assurent que nous sommes en sécurité. Je les implore de me laisser y retourner, mais ils refusent.

Ils nous ramènent sur le devant du bâtiment et mettent l’homme et la femme dans une ambulance. On me fait donc assoir dans une autre camionnette blanche, avec une couverture de survie sur le dos. Je suis là, impuissant, ne pouvant plus rien faire pour aider qui que ce soit. Aucun policiers ne me prête attention, et tant mieux. Cela me permet de réfléchir …Comment va Lucas, à l’intérieur, est-il déjà …m…mort ? Je me refuse à y croire. Ce n’est pas possible. Tout est de ma faute … J’aurai du, j’aurai pu l’aider, faire quelque chose, ne pas l’abandonner à son sort dans cette salle infernale.

A cet instant précis, mon téléphone vibre dans ma poche. Je le sors et vois ce qui me fais reprendre espoir : « Nouveau message de Lucas. » Je l’ouvre rapidement.

« Adrien, je suis caché dans les coulisses de la salle avec d’autres personnes. On est environ quinze. Il y a des corps partout. Appelle de l’aide.»

Je ne lui réponds pas, car je me dis que si son téléphone n’est pas en silencieux, il risquerait de se faire repérer, et emporter avec lui une quinzaine de personnes. Je suis tellement heureux ! Il va bien ! Je m’empresse de prévenir les policiers de la position de mon ami et de ses compagnons de galère. Les policiers ont commencés à rentrer dans le bâtiment. Les coups de feu ne cessent pas. Les cris si, de plus en plus. Il fait si noir. Il fait si froid. Je vois la police et les CRS ressortir avec quelques personnes, j’entends toujours des coups de feu. Lucas n’est pas avec eux. Je suis fatigué, ma tête tourne. Je vais m’allonger, juste cinq minutes, histoire de me reposer. Juste un petit peu.

J’ouvre les yeux. Je suppose que je me suis endormi, car je suis dans une chambre d’hôpital. Une infirmière est à côté de moi.

« -Bonjour Monsieur, je m’appelle Marie. C’est moi qui me suis occupée de vous. Vous allez bien, vous allez pouvoir sortir de l’hôpital. Vous n’avez pas été touché par les balles des terroristes. La jeune fille que vous aviez avec vous en sortant va bien aussi, elle est juste très fatiguée. Vous lui avez sauvé la vie. Vous voulez sortir maintenant ou vous reposez encore un peu ?

-Je préfèrerais sortir rapidement, s’il vous plaît. Merci pour tout, madame. Juste avant de partir, avez-vous entendu parler d’un jeune home de mon âge, présent dans la salle, qui s’appelle Lucas Jones ?

-Non Monsieur, désolée. Je me suis juste occupée de vous et de la demoiselle d’â côté. »

Je récupère mes affaires. Je me sens bien, j’ai juste un peu la nausée. Juste avant que je sorte, un monsieur entre dans ma chambre. Je vois sur son visage que quelque chose ne va pas.

«- Bonjour. Vous êtes bien Adrien Petit ?

-Euh, oui, c’est bien moi. Pourquoi ? Répondis-je d’une toute petite voix inquiète.

-Connaissez-vous Lucas Jones ? »

Je sens mon cœur se serrer, et ma nausée s’accentuer. Pitié, non. Pas lui.

« -Oui je le connais, c’est mon meilleur ami et c’est avec lui que je suis allé au concert. »

Son regard exprime plus que toutes les paroles que l’on pourrait prononcer dans ce genre de situation. Ses yeux me fixent un moment puis il baisse la tête.

« -Je suis vraiment désolé, murmure-t-il. »

Non. Je me laisse tomber sur ce lit d’hôpital inconfortable. Lucas, mon ami depuis si longtemps. Qui avait aidé ces gens à se cacher dans la salle. Pas Lucas, ce n’était pas possible. Je ne veux pas y croire, pourtant je crains que ça ne soit que la vérité … Une terrible vérité …

« -Comment est-ce arrivé ?, questionnais-je l’homme en faisant tous les efforts du monde pour que ma voix ne se brise pas avant la fin de ma phrase.

-Quand nous les avons trouvés dans la salle, lui et les personnes avec qui il se cachait, il s’est levé et placé devant une femme enceinte, pour la protéger. Il a suffit d’une balle perdue. La femme et son futur bébé vont parfaitement bien. »

J’esquissais un faible sourire. Cela ne m’étonnait pas de lui, protéger une femme enceinte. Il était mort pour elle, en héros. Des larmes roulaient sur mes joues. Tous ces coups de feu que j’avais entendus … Lequel de ces tirs avait tué mon ami ? Le quel de ces coups de feu m’avait a jamais privé de mon meilleur ami ? Pourquoi la violence et le mal triomphent-ils, au prix de la vie de bonnes personnes ? Tant de pourquois … Tant d’injustice …

Je ne m’en suis pas rendu compte mais l’homme à la mauvaise nouvelle est parti. Je dois être sur ce lit depuis longtemps maintenant … Pourquoi lui et pas moi ?, ne cessais-je de me demander. Un homme si bien … Il ne méritait pas un sort comme cela. Mais enfin, il faut se ressaisir, pleurer ne le ramènera pas. A cette pensée, mes larmes redoublent et coulent de plus belle le long de mes joues, pour venir s’écraser par terre. Bientôt, il a une petite flaque de larmes à mes pieds.

Je sens mon téléphone vibrer dans ma poche. C’est mon patron. Oh non, ce n’est pas le moment, vraiment pas … Je décroche quand même.

« - Oui allo, bonjour Monsieur.

-Bonjour Adrien. J’espère que vous allez bien. Je pense que vous avez autre chose à faire alors je vais être bref. Au vu de votre expérience personnelle d’hier soir et à compter d’aujourd’hui, samedi 14 novembre 2015, vous ne faites plus partie du projet d’enquête sur le terrorisme auquel vous participiez.

-Oh merci Monsieur, je ne pensais pas pouvoir être efficace sur ce projet dorénavant, merci beaucoup, au revoir. »

Voilà, je suis donc désormais un agent secret seul, sans travail, en deuil et portant toute sa peine tout seul sur son dos. Je regarde mon téléphone et réponds à toutes les personnes ayant essayé de mon contacter. Après cela, je me lève et quitte l’hôpital.

Loin de cet enfer. Loin. Loin de toutes ces personnes blessées et mortes sous les balles de monstres.

Avant de rentrer chez moi, je veux passer devant la salle. Je le fais. Je vois alors toutes ces personnes venues poser des bougies, des dessins, venues se recueillir et déposer leurs larmes, leur peine et leur compassion.  Quelle horreur… Tout ce mal pour quoi au final ? Toutes ces morts, toutes ces victimes dans quel but ? Toutes ces personnes en deuil, toute cette tristesse … Chaque personne décédée ce soir là au Bataclan n’est qu’une victime de plus aux yeux des terroristes, mais une personne de moins dans la vie de nombreuses personnes. Dont Lucas dans la mienne … Lui, comme les autres victimes de cet attentat terrible, méritent un hommage digne de leur sacrifice. Mais, et à cet instant, cela se voit sur le visage de chaque personne présente, malgré cette douleur, la France sait rester soudée. Et le combat contre le terrorisme ne fait que commencer.

Je me joins à ces personnes. Et, prouvant plus que jamais l’unité de notre beau pays, nous pleurons tous ensemble, montrant la force et le courage que les terroristes, même avec toutes les armes du monde, ne nous enlèveront jamais.

 

Jane :-)



21/08/2017
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